DANS LES RÈGLES DE L'ART, LA FÊTE !



Gérard Giachi
Photographie : Antoine Giraudo


Une œuvre d’art conçue comme une fête : il y a de l’anarchisme solaire dans Untilted party - beta version 0.91, dernier opus du plasticien Gérard Giachi. Une soirée élaborée comme un champ d'expérimentations ouvert à toutes les mises en réseaux. Un projet où le virtuel et le machinique, bien loin de l’a-réaliser, donnent un goût de nouveau monde au présent.
En live, images captées sur le net, films extraits de la mémoire collective, mouvements saisis dans le quotidien de la ville sont mixés aux rythmes de la techno, version populaire et ludique de la musique savante électronique.
Au milieu, les corps. Ceux immanents des spectateurs entiers immergés dans un dispositif où les sources sonores et visuelles s’indexent ; invités à inventer leurs propres parcours, singuliers ou pluriels. Durant la performance, l’individu fait ses propres choix. En toute liberté. A l’intérieur du groupe, chacun devient un centre de l’univers.
Une philosophie héritière de la pensée du chorégraphe Merce Cunningham qui, début des années cinquante avec son complice le compositeur John Cage, opère une véritable déflagration en défonctionalisant le corps, alors enferré dans les carcans académiques, pour le rendre à tous les possibles. Un credo qui n’est pas sans rappeler celui de Marcel Duchamps pour qui l’œuvre doit être «raffinée » par le spectateur.
Ce qui compte pour Gérard Giachi, fasciné par la notion d'experience à l'oeuvre aussi bien dans les ready made que dans le gestus tribal de l’art du tatouage Maori, c’est le retour du vivant : « Aujourd’hui, note-t-il, l’art contemporain est arrivé dans sa phase baroque et décadente. Il n’y a plus de place pour la recherche gratuite, l’erreur, le tâtonnement. » L’humain.
Plus proche du nietzschéen « Il m'est odieux de suivre autant que de guider » que du « Ni Dieu ni Maître » libertaire, Gérard Giachi construit des projets qui réfutent l’idée de « personne » (portant masque et jouant le jeu de l’hypocrisie sociale) comme celle de «sujet» (par essence fabriqué pour souscrire). Il préfère exalter l’individu. Célébrer sa part irréductible. Pour cela, un seul mot d’ordre : défier les passions sur leur propre territoire, la fête.

Francis Cossu, octobre 2002