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Une œuvre d’art conçue comme
une fête : il y a de l’anarchisme solaire dans Untilted
party - beta version 0.91, dernier opus du plasticien Gérard
Giachi. Une soirée élaborée comme un champ d'expérimentations
ouvert à toutes les mises en réseaux. Un projet où
le virtuel et le machinique, bien loin de l’a-réaliser,
donnent un goût de nouveau monde au présent.
En live, images captées sur le net, films extraits de la mémoire
collective, mouvements saisis dans le quotidien de la ville sont mixés
aux rythmes de la techno, version populaire et ludique de la musique
savante électronique.
Au milieu, les corps. Ceux immanents des spectateurs entiers immergés
dans un dispositif où les sources sonores et visuelles s’indexent
; invités à inventer leurs propres parcours, singuliers
ou pluriels. Durant la performance, l’individu fait ses propres
choix. En toute liberté. A l’intérieur du groupe,
chacun devient un centre de l’univers.
Une philosophie héritière de la pensée du chorégraphe
Merce Cunningham qui, début des années cinquante avec
son complice le compositeur John Cage, opère une véritable
déflagration en défonctionalisant le corps, alors enferré
dans les carcans académiques, pour le rendre à tous les
possibles. Un credo qui n’est pas sans rappeler celui de Marcel
Duchamps pour qui l’œuvre doit être «raffinée
» par le spectateur.
Ce qui compte pour Gérard Giachi, fasciné par la notion
d'experience à l'oeuvre aussi bien dans les ready made que dans
le gestus tribal de l’art du tatouage Maori, c’est le retour
du vivant : « Aujourd’hui, note-t-il, l’art contemporain
est arrivé dans sa phase baroque et décadente. Il n’y
a plus de place pour la recherche gratuite, l’erreur, le tâtonnement.
» L’humain.
Plus proche du nietzschéen « Il m'est odieux de suivre
autant que de guider » que du « Ni Dieu ni Maître
» libertaire, Gérard Giachi construit des projets qui réfutent
l’idée de « personne » (portant masque et jouant
le jeu de l’hypocrisie sociale) comme celle de «sujet»
(par essence fabriqué pour souscrire). Il préfère
exalter l’individu. Célébrer sa part irréductible.
Pour cela, un seul mot d’ordre : défier les passions sur
leur propre territoire, la fête.
Francis Cossu, octobre 2002
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